Le contexte
Je voulais un endroit unique pour tenir ma vie : les courses, les tâches, les projets qui durent, les idées, les rêves. Sans avoir à tout trier avant d'y avoir droit.
Le problème
Les gestionnaires de tâches me font payer un impôt de rangement à chaque saisie, alors que ce dont j'ai besoin, c'est de déposer en vrac et qu'un système vienne me chercher.
Les contraintes
- Lisibilité non négociable. — Je suis dyslexique et dysgraphique, et ça se traduit directement dans l'interface : gros éléments tactiles, typographies pensées pour ça, et surtout le minimum de texte à produire, choisir plutôt que taper, partout où c'est possible.
- Mobile, à une main. — L'application doit se cocher d'un pouce, en magasin ou dans le bus. Un glissement valide ou retire.
- Le système sollicite, jamais l'inverse. — Pas de liste qui accuse. Aucune notion de retard, pas de rouge. Une seule sollicitation par jour.
- Un coût nul. — L'agent qui structure les captures devait tourner sur un abonnement existant, sans facturation au volume.
Ce que j'ai construit
Un livre de bord, pas un gestionnaire de tâches.
La boucle est simple : je capture en vrac, à la voix ou au clavier, sans réfléchir au rangement. Un agent-scribe structure et propose. Je valide, je refuse ou je commente, et mes retours repartent dans le lot suivant. L'agent ne décide jamais du définitif. Il produit de la structure, je tranche.
Et le système vient me chercher : chaque matin, une notification fait sonner ma montre, et l'application me propose une journée composée par nombre, un gros, deux petits, jamais par durée estimée. Parce que je n'ai aucune estimation en tête, et que c'est précisément la décision que l'outil prend à ma place.
La décision dont je suis fier
Une proposition égale une étape. Le chantier se reconstitue à la validation.
Quand je dépose « préparer mon formulaire de pitch », le scribe voit sept étapes cachées là-dedans.
Elle est née d'un vrai raté en production, et elle tient sur une idée simple plutôt que sur du code compliqué. C'est en général le signe qu'on a trouvé la bonne.
L'erreur, et ce qu'elle m'a appris
Ce que j'ai reconstruit ensuite est la deuxième version de La Guilde.
La première portait le même nom. J'y avais mis un système de quêtes inspiré des jeux de rôle, une architecture soignée, et un nombre de tests bien trop important pour ce que l'outil faisait vraiment. Une cathédrale, devenue trop lourde pour bouger. J'ai fini par l'arrêter et repartir de zéro depuis la spécification.

J'en ai tiré une règle que j'applique depuis, chez mes clients comme chez moi : une version zéro utilisable nue avant toute couche intelligente, et des tests écrits à partir du design métier, pas un par fonction. Un test par fonction sur une petite application, ce n'est pas de la sûreté, c'est du poids mort.
Le même caillou dans la chaussure
- Quêtes façon jeu de rôle
- Architecture soignée
- Bien trop de tests
Trop lourde pour bouger. Arrêtée, puis reprise de zéro depuis la spécification.
- Je dépose en vrac
- Un agent-scribe range et propose
- Je valide, je refuse ou je commente
Déployée, elle marche. Je ne m'en sers pas.
La V1 en est morte. La V2 l'a corrigé à l'entrée, et l'usage n'a quand même pas pris.
En y repensant, le vrai défaut de la V1 n'était pas la sur-ingénierie. C'était encore une fois le tri.
J'ai l'impression de devoir trier les choses avant de les déposer. Peut-être que je ne dois pas trier du tout.
Où j'en suis
La V2 marche. Elle est déployée, utilisable, rien n'est resté à mi-chemin. La notification part toujours chaque matin : c'est moi qui ai cessé de l'ouvrir. L'habitude a tenu un temps, puis elle s'est éteinte.
Je pense que le problème ne vient pas d'une application, mais du support.
Ce qui marche le moins mal aujourd'hui, c'est une feuille de papier où j'écris en vrac. Mais la feuille a son propre défaut, je m'y perds et j'oublie des éléments que j'y avais notés, exactement ce que l'application devait corriger. La boucle n'est pas fermée.
La suite, je la prends dans l'autre sens : repartir des bases de ma propre façon de m'organiser, les installer pour de bon, et n'étendre qu'ensuite. Sans refaire un monstre de travail qui n'autorise plus la moindre pause.
