Joris Flohic/dev
RéalisationsProjet personnel
Cas d'étude · Organisation quotidienne

Deux versions, ce que ça m'a appris

ContexteProjet personnel
Type de missionOrganisation quotidienne
StatutRecherche en cours
Année2026
Problème
Les gestionnaires de tâches font payer un impôt de rangement à chaque saisie.
Solution
Un livre de bord où l'on dépose en vrac, et un agent qui structure et propose, en deux versions.
Résultat
La V2 tourne, mais je ne m'en sers pas. Dans les deux versions, le blocage était le tri, pas l'application.
Stack
Next.js 16React 19Tailwind 4TypeScriptSQLiteDrizzleClaude CodentfyFCMDockerCoolify
Capture de l'écran « Les quêtes » de la V2 de La Guilde : navigation latérale (L'intendance, Quêtes, Besace, L'atelier, Hauts faits, Provisions) et quêtes rangées par domaine.
Les quêtes de la V2 de La Guilde. Données anonymisées.

Le contexte

Je voulais un endroit unique pour tenir ma vie : les courses, les tâches, les projets qui durent, les idées, les rêves. Sans avoir à tout trier avant d'y avoir droit.

Le problème

Les gestionnaires de tâches me font payer un impôt de rangement à chaque saisie, alors que ce dont j'ai besoin, c'est de déposer en vrac et qu'un système vienne me chercher.

Les contraintes

  • Lisibilité non négociable. — Je suis dyslexique et dysgraphique, et ça se traduit directement dans l'interface : gros éléments tactiles, typographies pensées pour ça, et surtout le minimum de texte à produire, choisir plutôt que taper, partout où c'est possible.
  • Mobile, à une main. — L'application doit se cocher d'un pouce, en magasin ou dans le bus. Un glissement valide ou retire.
  • Le système sollicite, jamais l'inverse. — Pas de liste qui accuse. Aucune notion de retard, pas de rouge. Une seule sollicitation par jour.
  • Un coût nul. — L'agent qui structure les captures devait tourner sur un abonnement existant, sans facturation au volume.

Ce que j'ai construit

Un livre de bord, pas un gestionnaire de tâches.

La boucle est simple : je capture en vrac, à la voix ou au clavier, sans réfléchir au rangement. Un agent-scribe structure et propose. Je valide, je refuse ou je commente, et mes retours repartent dans le lot suivant. L'agent ne décide jamais du définitif. Il produit de la structure, je tranche.

Et le système vient me chercher : chaque matin, une notification fait sonner ma montre, et l'application me propose une journée composée par nombre, un gros, deux petits, jamais par durée estimée. Parce que je n'ai aucune estimation en tête, et que c'est précisément la décision que l'outil prend à ma place.

La décision dont je suis fier

Une proposition égale une étape. Le chantier se reconstitue à la validation.

Quand je dépose « préparer mon formulaire de pitch », le scribe voit sept étapes cachées là-dedans.

Elle est née d'un vrai raté en production, et elle tient sur une idée simple plutôt que sur du code compliqué. C'est en général le signe qu'on a trouvé la bonne.

L'erreur, et ce qu'elle m'a appris

Ce que j'ai reconstruit ensuite est la deuxième version de La Guilde.

La première portait le même nom. J'y avais mis un système de quêtes inspiré des jeux de rôle, une architecture soignée, et un nombre de tests bien trop important pour ce que l'outil faisait vraiment. Une cathédrale, devenue trop lourde pour bouger. J'ai fini par l'arrêter et repartir de zéro depuis la spécification.

Capture de la V1 de La Guilde : trois colonnes de groupes de quêtes (La Guilde, Meubles, Meuble à thé), chaque entrée portant une rareté, de commun à épique.
Le système de quêtes et de raretés de la V1 : commun, peu commun, rare, épique. Données anonymisées.

J'en ai tiré une règle que j'applique depuis, chez mes clients comme chez moi : une version zéro utilisable nue avant toute couche intelligente, et des tests écrits à partir du design métier, pas un par fonction. Un test par fonction sur une petite application, ce n'est pas de la sûreté, c'est du poids mort.

Le même caillou dans la chaussure

V1
  • Quêtes façon jeu de rôle
  • Architecture soignée
  • Bien trop de tests

Trop lourde pour bouger. Arrêtée, puis reprise de zéro depuis la spécification.

V2
  • Je dépose en vrac
  • Un agent-scribe range et propose
  • Je valide, je refuse ou je commente

Déployée, elle marche. Je ne m'en sers pas.

Le tri, d'un bout à l'autre

La V1 en est morte. La V2 l'a corrigé à l'entrée, et l'usage n'a quand même pas pris.

En y repensant, le vrai défaut de la V1 n'était pas la sur-ingénierie. C'était encore une fois le tri.

J'ai l'impression de devoir trier les choses avant de les déposer. Peut-être que je ne dois pas trier du tout.

Où j'en suis

La V2 marche. Elle est déployée, utilisable, rien n'est resté à mi-chemin. La notification part toujours chaque matin : c'est moi qui ai cessé de l'ouvrir. L'habitude a tenu un temps, puis elle s'est éteinte.

Je pense que le problème ne vient pas d'une application, mais du support.

Ce qui marche le moins mal aujourd'hui, c'est une feuille de papier où j'écris en vrac. Mais la feuille a son propre défaut, je m'y perds et j'oublie des éléments que j'y avais notés, exactement ce que l'application devait corriger. La boucle n'est pas fermée.

La suite, je la prends dans l'autre sens : repartir des bases de ma propre façon de m'organiser, les installer pour de bon, et n'étendre qu'ensuite. Sans refaire un monstre de travail qui n'autorise plus la moindre pause.

Le bilan

  • Une V2 qui tourne sur mon serveur, et dont je ne me sers pas. L'outil n'est pas cassé : c'est l'usage qui n'a pas pris.
  • Sur les deux versions, le même blocage : le tri, jamais l'application.
  • Un projet qui me sert de banc d'essai : je prends les risques sur moi, et les règles qui en sortent servent ensuite chez mes clients.

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